GOJIRA – « Magma » by Nikkö

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Quand on prend de l’âge, cela peut donner des effets contradictoires (attention, rien de ce que je dis n’est péjoratif, n’étant moi-même pas un « djeun’s »), et cela impacte sur la direction prise par un groupe. Dans le métal, c’est significatif. Certains groupes ont choisi de montrer encore plus les crocs dans leurs albums les plus récents. On peut citer par exemple Paradise Lost, qui après avoir vagabondé dans un registre assez soft (je parle nullement des sorties de route que constitue la période synthpop du groupe) ont lâché «The Plague Within » l’album le plus violent du groupe. Même remarque pour Lacuna Coil : leur discographie a pris un tournant plus rock avant de revenir avec « Delirium » vers du brut de décoffrage avec les parties growlées d’Andra Ferro. Le pionnier du death français, Loudblast, influencé en plus par des évènements tragiques ont mis du black dans leur death pour leur album le plus noir et oppressant à ce jour. D’autres groupes ont pris le parti de s’assagir, partant du principe, tout à fait aussi compréhensible, qu’on n’aspirait pas aux mêmes choses à 40 ans qu’à 20. L’aventure Gojira a commencé en 1996, il y a vingt ans déjà. Leurs membres ont entre 35 et 42 ans. Le groupe est à la croisée des chemins. Les aquitains ont toujours fait une musique à part, depuis « Terra Incognita ». Une musique organique, où les thèmes de la spiritualité, des liens dépassant le physique entre les hommes et la natures ainsi que des références à la philosophie indienne sont fréquents dans les textes, les titres et par touches çà et là, au niveau de la musique.

En revanche, il a toujours dégagé, du chant comme des instruments, une puissance hors norme. Une impression qui atteint son apogée dans le sublime «From Mars To Sirius », dont le ressenti est celui du sol qui tremblerait, se déchirerait sous nos pieds. Avec « The Way of All Flesh », le groupe osait des expérimentations plus marquées comme « A Sight To Behold » et son vocoder inhabituel dans ce style de musique. « L’Enfant Sauvage » faisait parler la poudre mais avec une rage par moments plus canalisée, une batterie moins marteau piqueur, ce qui n’a pas manqué de faire grincer des dents. Après quatre ans d’absence et un album très attendu, le premier single « Stranded » a donné le ton et les fans se sont montrés divisés. Je vais être honnête, « Magma » n’est pas l’album qui fera le consensus. Au contraire, et ce encore plus que le prédécesseur, l’album va diviser frontalement. En gros, soit on est conquis, soit on est très déçu. Les plus impatients risquent fort de grincer des dents dès la première piste « The Shooting Star » entièrement en chant clair et planant. Curieux paradoxe que ce titre. La guitare est toujours aussi tranchante mais le morceau prend un tour plus lancinant, alors que les précédents albums envoyaient de gros parpaings dans la gueule d’entrée. La piste suivante, « Silvera », permet de retrouver le Gojira qu’on connaissait, mais avec un refrain en chant clair, impression confirmée avec « The Cell » bien bourrin. Viens « Stranded » qui augure de la transition, assez radicale, entre le Gojira passé et celui du passé, transition faite dans la dernière partie du morceau. L’instrumental « Yellow Stone » introduit une deuxième partie plus planante avec un « Magma » dont les bouillonnements se calment pour laisser place à une lave moins brûlante mais noircie. « Pray » passe par les différentes phases d’une prière passionnée, d’abord le côté planant d’un mantra avant d’entrer dans une transe énergique où le corps lâche prise au final. Une prière qui introduit une douleur pure (« Only Pain ») où la aussi la douleur fait place à un détachement progressif de celle-ci. L’ascension finale se fait avec « Low Lands » entre grâce et fureur, avec une fin brusque illustrant un certain apaisement, sensation prolongée par le final « Liberation », un instrumental tout en douceur.

« Magma » est un peu comme une machine à voyager le temps qui permettrait de visualiser à la fois ce qu’était Gojira dans le passé et ce vers quoi il tend dans le futur. Le groupe va perdre une partie de ses fans, celle la plus radicale, les chantres d’un métal extrême sans concession aucune, d’un death brutal qui tabasse dur sans temps morts.

En revanche, ils vont conserver ceux qui appréciaient plus le côté progressif, et rameuter ceux qui préféraient plutôt des groupes de prog pur comme Porcupine Tree. A aucun moment le groupe se renie, les breaks sont là, la batterie énergique et hyper technique est là, les gros riffs sont là, la créativité est là. On peut plutôt parler d’une envie d’élargir encore leur horizon. « Magma » est étrange, déroutant, beau, audacieux, probablement le plus osé de l’histoire du groupe.

Mais finalement, c’est cohérent dans l’univers du groupe. La nature comme prolongement de la colonne vertébrale de l’homme s’est fâchée dans une apocalypse complète, les forces telluriques se sont déchaînées, le volcan a fait parler sa colère et, comme dans tout cycle, il s’est apaisé.

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